Pourquoi on migre
Le système n'est plus maintenu. Plus aucun correctif de sécurité, et les logiciels récents refusent de s'installer. C'est la migration la plus urgente, et celle qu'on repousse le plus longtemps. Debian 11 est dans ce cas depuis le 1er septembre 2026 : voir les versions concernées.
L'hébergeur ne convient plus. Le support ne répond pas, la facture a dérivé, ou la machine est devenue trop petite. Un déménagement bien préparé n'a rien de spectaculaire.
Vous êtes enfermé. Un logiciel dont on ne peut pas exporter les données, un prestataire qui garde les accès, une plateforme dont le prix monte chaque année. En sortir demande de la méthode, mais c'est presque toujours possible.
Mars 2021 : un serveur sans sauvegarde dans l'incendie de Strasbourg
Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie détruit l'un des bâtiments du datacenter d'OVHcloud à Strasbourg. Quelques jours plus tard, une fédération associative nationale m'appelle. Son serveur, qui fait tourner une quarantaine de sites Drupal gérés avec Aegir, était hébergé sur place. Il a été coupé par précaution, et il n'en existe aucune sauvegarde ailleurs.
Le serveur a survécu. OVHcloud peut le rallumer, mais pour deux semaines seulement, avant de le mettre hors service. Tout doit en sortir d'ici là.
La difficulté, c'est le système : Ubuntu 12.04, plus maintenu depuis 2017, et qu'aucun hébergeur actuel ne propose à l'installation. Mettre à jour à la fois le système et le logiciel des sites, dans ce délai, était impossible. J'ai donc reconstruit la machine chez moi, sous VMware, avec chaque logiciel dans sa version exacte récupérée dans les dépôts d'archives, puis j'y ai copié les configurations, les bases de données et les fichiers des sites. L'image finale a été importée chez DigitalOcean, qui accepte les images personnalisées. Les sites sont repartis en moins d'une semaine, sans aucune coupure.
J'en ai profité pour faire un audit de sécurité et corriger les failles connues (CVE) encore ouvertes, qui auraient pu être exploitées. Puis j'ai mis en place les sauvegardes. Chaque jour, un serveur de sauvegarde vient chercher les données par SSH et en garde des instantanés en lecture seule : un par jour sur trente jours, puis un par semaine sur douze semaines, un par mois sur douze mois, et un par an sur deux ans. C'est la sauvegarde qui va chercher les données, pas le serveur qui les envoie : quelqu'un qui prendrait la main sur le serveur n'aurait aucun accès aux copies. Une fois par semaine, l'ensemble est en plus archivé sur un stockage à froid, dans un troisième lieu.
Ce dispositif a tenu jusqu'à ce que la fédération remplace ses sites Drupal par une flotte de sites WordPress, toujours une quarantaine, que j'administre encore aujourd'hui. Le récit complet, étape par étape.
Comment je procède
- Un inventaire complet avant toute décision : services, données, dépendances, tâches planifiées, certificats, tout ce qui pointe vers la machine actuelle.
- La plateforme cible construite à côté, sans toucher à la production, et documentée étape par étape.
- Les deux en parallèle, données synchronisées, le temps de vérifier que tout se comporte comme prévu.
- Une bascule DNS hors des heures de trafic, avec une durée de propagation réduite plusieurs jours à l'avance.
- Un retour arrière possible à chaque étape, jusqu'au dernier moment.
- L'arrêt de l'ancienne plateforme une fois que plus rien ne s'y connecte.
Pourquoi le service ne s'arrête pas
Rien n'est déplacé : la nouvelle plateforme est remplie et testée avant qu'on y envoie le trafic, et l'ancienne reste disponible tant que la nouvelle n'a pas fait ses preuves.
Le seul moment sensible est la dernière synchronisation des données. Sa durée dépend du volume ; elle est planifiée de nuit ou le week-end, et se compte le plus souvent en minutes.
Ce qu'on corrige au passage
Une migration est l'un des rares moments où l'on ouvre tout. J'en profite pour remettre les sauvegardes en route, resserrer les accès, supprimer les services qui tournaient pour rien et documenter ce qui ne l'avait jamais été. La plateforme d'arrivée est presque toujours plus simple que celle de départ, et souvent moins chère.